A l’approche de Noël, je repense souvent à comment tout a commencé pour moi en tant que sage-femme.

Picture by Marijke Thoen

Après mes études, je n’ai pas suivi le cheminement logique d’une “Gantoise” – travailler dans un hôpital de Gand – mais j’ai été travailler à Ostende.  Un choix en toute conscience pour la physiologie. Je suis tellement reconnaissante d’avoir pu y apprendre ce qu’est la patience, qu’il est bien de faire confiance à la nature et que la liste des contre-indications d’un accouchement dans l’eau ne doit pas être infiniment longue. C’est là que les bases m’ont été enseignées pour pratiquer plus tard les accouchements à domicile. 

Je pense aussi immanquablement à la patience infinie du Dr Ponette. Lors de ma première grossesse, j’ai été suivie par les sages-femmes indépendantes de la maison de naissance ’t Geboortehuis et j’ai donc pu rester un assez long moment chez moi pendant le travail, pour ensuite accoucher dans mon bain « familier ». La physiologie a aussi pu prendre son temps et j’ai pu accoucher dans l’eau de mon bébé qui regardait les étoiles.

Trois ans plus tard, je l’ai à nouveau fait, à nouveau un enfant qui se présentait le visage vers l’avant, et malgré ses 4 kg, qui a pu naître facilement sous eau.

Finalement, la combinaison de deux jeunes enfants, le trajet quotidien entre Gand et Ostende et les changements de gestion de l’hôpital ont commencé à avoir raison de moi. J’ai décidé après huit belles années en tant que sage-femme de choisir pour une vie plus “régulière”. Je suis devenue assistante d’un interne : adieu les seins et les bébés. 

Après un an et demi, je me suis sentie comme une plante fanée et mon instinct de sage-femme a commencé à reprendre le dessus. Une connaissance qui me contactait au sujet d’un problème lié à la lactation a rallumé la flamme.

C’est à ce moment qu’une offre d’emploi a été publiée à la maison de naissance ’t Geboortehuis. Je l’ai lue et l’ai mise de côté. Les naissances à domicile, ce n’était vraiment pas pour moi. Les soins pré et post natals, ça, ça me parlait.

Les semaines passaient et le poste vacant continuait d’occuper mes pensées. Est-ce que j’écrirais quand même? Je me suis tout de même informée auprès d’une sage-femme que je connaissais et qui y travaillait : avais-je le profil nécessaire, car je n’avais pas d’expérience en matière de soins de première ligne. Véronique m’a en tout cas accueillie les bras ouverts. Peut-être que je devais assister à un accouchement à domicile pour être sûre que cela pouvait être quelque chose pour moi ?

“Sitôt dit… Nous sommes le 24/12/2011 vers 3 heures du matin.”

Sanne me téléphone pour m’informer qu’elle était chez une femme qui allait accoucher de son 2ème enfant, et dont le travail était déjà bien entamé. Je pouvais être présente à l’accouchement. J’étais directement réveillée. Je me suis habillée directement, envahie par l’adrénaline.

Une fois sur place, j’ai été surprise par le calme et de la sérénité qui y régnait. C’était génial de voir comment le rythme de la femme était suivi. Tout était contrôlé de manière professionnelle et sécurisée, mais aussi tellement discrètement. Je me vois encore contre le mur, les questions plein la tête. “Pourquoi nous compliquons-nous parfois tellement la vie ? Pourquoi une femme en plein travail doit-elle encore monter dans une voiture pour accoucher ailleurs ? Pourquoi devons-nous en tant que sage-femme faire tellement d’examens internes pour informer le gynécologue afin qu’il puisse apparaître au bon moment ?

Ici, il n’y avait pas d’examen vaginal. Les deux sages-femmes étaient présentes et nous attendions calmement jusqu’à ce qu’il y ait des indications claires d’une envie de pousser.  Au cours de la phase de poussée, je fus à nouveau surprise par la grande vigilance et le haut degré de professionnalisme : attention aux rythmes cardiaques, changement de posture régulier, concertation claire entre les collègues.

Le petit bonhomme est né spontanément et moi aussi j’étais dans les nuages, le nuage d’ocytocine. Lorsque nous arrivions à la fin des soins après l’accouchement, une deuxième maman était en plein travail, et là aussi, je pouvais assister à l’accouchement. A nouveau, un deuxième enfant était né facilement. Quelle expérience !

Il est apparu que le placenta ne venait pas si facilement qu’espéré. Ce qui m’a frappé est la connaissance et l’expertise avec lesquelles on agissait. Il a été décidé d’aller à l’hôpital pour faire expulser le placenta sous la surveillance d’un gynécologue. Je trouvais cela intéressant, pour moi-même, de voir qu’un accouchement à domicile ne se passait pas toujours bien non plus, mais qu’il suffit d’avoir la connaissance pour y faire face.

 

“Tous mes doutes concernant les accouchements à la maison et si c’était pour moi s’étaient estompés.”

Marijke Thoen
Picture by Marijke Thoen

Après ces deux accouchements – entre-temps, l’après-midi était entamé – je suis rentrée fatiguée, mais tellement heureuse. Mon partenaire a aussi immédiatement tapé dans le mille : « Ne me dis rien, j’ai compris, tu es plus lumineuse que le sapin de Noël » ☺.” Nous fêtions Noël ce soir-là avec toute la famille, j’avais encore beaucoup de travail, mais tout allait facilement depuis mon petit nuage rose.

Entre-temps, neuf ans plus tard, je suis toujours heureuse du saut que j’ai fait à l’époque.

“Cela n’a pas été facile tous les jours, mais je réalise plus que tout qu’il s’agit du job de ma vie.”