Nous voici à la période de Noël. Rien de tel alors qu’une belle histoire de naissance à Noël pour ce site web fantastique et prometteur qu’est « Birthmatters ». Parce que la façon dont nous naissons est importante!

De nombreux dictons contiennent une bonne dose de sagesse. Et «bien commencé est à moitié gagné» , comme on dit au Nord du pays, est un de ceux-là. Car un bébé qui naît en douceur démarre avec une belle avance dans la vie. La manière dont nous accueillons les bébés sur terre compte énormément. L’amour, la paix, la sécurité que peut connaître un enfant dans ses premiers moments, jours, semaines influencent considérablement son évolution future. Je suis sage-femme et fière de mon travail, comme toutes celles qui participent à ce site. Avec les parents, nous écrivons une nouvelle page d’histoire ou mieux encore, en reconnaissant la valeur et les éléments positifs des histoires anciennes de naissances et de maternité, nous tentons de nous appuyer davantage sur la physiologie, la nature, l’intuition des femmes, et la nôtre. Cet état d’esprit nous a déjà permis de vivre de belles aventures. Sans renoncer évidemment à nos connaissances médicales et scientifiques. Ce retour à l’essentiel s’avère parfois une valeur ajoutée incroyable, comme dans ce récit de naissance que je m’apprête à vous partager.

Elle remonte à l’année où j’ai travaillé à la Madrugada à Anvers, un cabinet formidable avec des collègues encore plus formidables. Cette époque de ma vie à laquelle je repense avec beaucoup de tendresse. Que ce soit Noël ou pas, l’ambiance y était, et est toujours d’ailleurs, exceptionnelle. C’est une équipe de choc que je recommande sans réserve!

“Que ce soit à la maison ou à l’hôpital, les sages-femmes choisissent les jours de congé qu’elles vont sacrifier pour venir travailler. Oui, les heures de bureau ne s’appliquent pas à notre profession!”

J’avais choisi de travailler à Noël cette année-là pour pouvoir commencer la nouvelle année de manière festive. Faire la fête, certes, mais avec modération car j’étais enceinte de mon premier enfant (en raison de circonstances particulières, mon seul enfant). Ah, comme je regrette les temps avant que le corona nous frappe comme une bombe ! Tout était encore possible et permis. Des câlins sans restriction et sans risque d’amendes administratives salées. Impensable aujourd’hui!

Mais bon, heureusement à ce moment-là, tout allait bien. 
La (presque) pleine lune brillait à travers les arbres  et nous étions en route pour la «framily» (cette jolie contraction entre friends et family) pour le deuxième jour de Noël. Nous avions passé le réveillon de Noël avec ma famille et le jour de Noël, avec la famille de mon compagnon. Malgré ma garde pendant cette période, Noël avait été paisible. Un cadeau! 
Mais ce soir-là allait prendre une autre tournure…
Nous venions de vivre une période sacrément chargée, mais là, c’était plus calme. Le calme après la tempête, menant à la pleine lune. J’étais contente, car en toute honnêteté, je trouve que c’est un peu triste pour les enfants qui sont nés entre Noël et le Nouvel An. Il y a déjà tellement tant de festivités (et de cadeaux!) que les gens apprécient aussi de passer une journée tranquille à la maison. Et puis, ces enfants sont toujours les plus jeunes de l’année, alors que ceux qui naissent une semaine plus tard sont les plus âgés. Ils peuvent rester enfant un peu plus longtemps et semblent avoir une longueur d’avance. D’un autre côté, vu la période de fêtes, pas mal d’amis et de membres de la famille sont disponibles autour de la date d’anniversaire, ce qui ne peut manquer de faire plaisir. Bref, il y a toujours des avantages et des inconvénients à chaque situation.

“Pour nous, sages-femmes, une naissance commence généralement par un appel téléphonique.”

Cette fois-ci, de la collègue qui faisait la remise de garde: une maman d’Ekeren, enceinte de son deuxième enfant, était en tout début de travail. Elle n’avait pas encore été la voir, mais m’informait que cette dame appellerait sans aucun doute au cours de la soirée ou de la nuit. Et c’est ce qui arriva.

Nous venions tout juste de commencer un beau repas de Noël, pour la troisième soirée consécutive, quand le téléphone a sonné. C’était son mari. Il me demandait si je pouvais passer jeter un coup d’œil. Les contractions devenaient plus intenses, toutes les cinq minutes environ. Cela les rassurait d’avoir un avis professionnel. «Puis-je lui parler au téléphone? » C’est la question que je pose presque toujours : cela me permet de compléter ce que me dit le partenaire. En fonction de la situation, je pose quelques questions, je donne des informations appropriées au stade du travail, et j’essaie de la garder en ligne au moins pour la durée de deux contractions, d’après ce que me dit le papa. Si les contractions continuent pendant que je l’ai en ligne, je démarre rapidement. Si les contractions se font attendre, il y a encore de la marge et je peux me préparer plus à l’aise. Dans ce cas-ci, j’allais devoir sprinter. L’avantage quand on part pour un accouchement en plein milieu de la fête, c’est que tout le monde participe avec enthousiasme à l’excitation! Les amis chantaient même «joyeux anniversaire au bébé» en me disant au revoir de la main. Non sans m’avoir refilé un Tupperware bien rempli, avec une petite tomate cerise pour couronner le tout. Question de donner un petit air de fête à mon pique-nique.

“La lune a à nouveau attiré mon attention. Presque pleine, elle brillait si joliment à travers les arbres.”

Des chansons d’enfant me revenaient à l’esprit et c’était bel et bien un enfant que je m’apprêtais à accueillir. Un événement à nul autre pareil. 

Quand je roule ainsi, je regarde toujours autour de moi, je pense à ces gens sur le trottoir en me disant “vous n’avez aucune idée d’où je vais maintenant”; et  intérieurement, je rayonne de joie et de fierté.
Le couple vivaient dans une petite rue le long d’une forêt, en pleine nature. Un endroit qui m’était complètement inconnu. Je les avais vus en consultation mais je n’étais jamais allée chez eux auparavant. C’est une de mes collègues qui s’en était chargée. À chaque naissance à domicile, l’une d’entre nous se rend au préalable au domicile des futurs parents. 

J’envoie un sms pour dire que je suis là. «La porte arrière est ouverte, nous sommes dans la salle de bains au premier étage. Entre», me répondent-ils. J’avance dans le noir, guidée par le clair de lune qui projetait l’ombre des arbres sur les murs. Magnifique.

Il fait sombre à l’intérieur, à l’exception des lumières d’un sapin de Noël.

Un grand arbre, auquel on a visiblement accordé beaucoup de soin et d’amour en le décorant. Deux chats viennent aussitôt à ma rencontre. Ils me conduisent vers l’escalier que je n’avais pas repéré. On dirait qu’ils savent exactement ce qui se passe et ce que je fais ici, avec mon sac de naissance dans une main et ma valise à roulettes dans l’autre. Dans cette valise se cache « un mini-hôpital » cachée avec du matériel de réanimation et de quoi mettre une perfusion, juste au cas où … J’en ai encore jamais eu besoin, mais cela donne aux parents et à moi-même la sécurité que tout est là pour réagir en cas d’urgence, ce qui est extrêmement rare.

La porte de la salle de bain est entrouverte. Je la pousse en douceur pour découvrir un tableau qui n’a rien du « worst case scenario ». Au contraire, c’est vraiment le «best case scenario». Une salle de bain chauffée, pleine de bougies parfumées à la lavande, une femme dans le bain, respirant calmement et profondément, en pleine conscience, son partenaire à genoux près d’elle, posant ses mains sur son ventre, cherchant à encourager leur bébé. Ils ne m’ont pas encore vue car ils viennent juste de traverser une contraction ensemble dans la paix et la sérénité. A ce moment précis, son visage est baigné dans la lumière magique des rayons de la lune qui passent par la fenêtre. Immobile pour ne pas déranger, je me fond complètement dans la scène. C’est une image tellement idyllique qui restera gravée dans ma mémoire pour l’éternité. Beauté. Zenitude. Je ne m’en lasse pas.

“Après la contraction, je m’approche sur la pointe des pieds, elle ouvre un œil à moitié, sourit et replonge dans son monde intérieur.”

Comme il se doit. Vu que j’ai une certaine expérience de  sage-femme, je sais que ce n’est pas le moment pour entamer la conversation. On sent rapidement qu’il n’y a pas grand chose à ajouter. Il suffit de s’asseoir tranquillement dans un coin et d’observer. Notre simple présence suffit. On écoute les bruits du cœur et surtout, on laisse faire. À en juger par l’eau du bain, je soupçonne qu’elle a rompu la poche des eaux. De petits flocons flottant dans l’eau claire. Une sage-femme peut déduire des informations à partir de détails, sans trop poser de questions. Le simple fait de devoir réfléchir à une réponse peut sortir les gens de leur bulle. Et ils étaient en effet dans leur bulle.

Elle n’a pas tardé à dire qu’elle ressentait une pression en bas. Formidable! C’était bon signe. J’ai quitté la salle un moment pour appeler ma collègue. Nous n’accompagnons de préférence pas de naissance à domicile seules. Quatre mains efficaces et deux cerveaux attentifs ne sont pas un luxe superflu pour maman, papa et bébé. Sans oublier le plaisir de travailler à deux. Et puis pour avoir de l’aide en cas « worst case scenario”, lequel – je ne le répéterai jamais assez – est vraiment rare.

Heureusement ma collègue n’habitait pas si loin, car quelques contractions plus tard, la parturiente (mot fantaisiste pour désigner la « femme en travail ») se mettait spontanément à pousser.

“Elle était de ces femmes qui accouchent intuitivement. C’est en général le meilleur moyen. Lorsqu’une femme en travail se sent bien, elle suit son instinct et agit ensuite en conséquence.

Et là, son instinct lui indiquait clairement que nous étions arrivés à l’étape suivante: celle des poussées, c’est-à-dire la naissance proprement dite. Il est intéressant de toujours sentir pendant une contraction s’il n’y a pas un bout de col de l’utérus sur le chemin, mais non. La tête était bien basse dans le bassin, créant cette sensation très forte, bref, le scénario idéal, encore une fois. C’est toujours agréable de pouvoir signaler aux parents à un tel moment si le bébé a beaucoup de cheveux ou non. C’est parfaitement palpable et souvent flagrant. Cela rend le bébé encore plus proche, encore plus réel. Les bruits cardiaques étaient toujours rassurants. Et mon cœur palpitait discrètement de joie intérieure. Rapidement mais aussi silencieusement que possible, j’ai préparé mon matériel et attendu. Une telle salle de naissance, que ce soit une salle de bains, des toilettes, un salon ou une salle de travail à l’hôpital, est pour moi l’endroit idéal où je trouve le calme. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est pas toujours le cas dans la vie de tous les jours. J’ai un sacré surplus d’énergie (et de joie de vivre), mais à un tel moment, je suis vraiment le calme incarné. Même dans les situations qui exigent d’agir rapidement.
Ce calme m’a d’ailleurs surprise à plusieurs reprises et c’est ce qui m’a permis de réaliser que je suis une sage-femme née après tout. C’est vraiment un très beau métier …

Surtout ce jour-là. Une fois que tout était prêt, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu la lune qui brillait là-haut, bien au milieu du ciel étoilé.

“Le papa et moi avons échangé des regards significatifs de contentement. La vie (qui s’annonce là, imminente) n’est-elle pas belle?!”

Peu de temps après, la tête était visible. Je l’ai guidée brièvement pendant ce qui est probablement le moment le plus intense et le plus douloureux: la sortie de la tête. Si on va trop vite, le périnée, cet espace entre le vagin et l’anus, risque de s’abîmer mais cette femme-là l’a fait de façon innée. Elle a intuitivement senti que ce n’était pas le moment de pousser fort, mais de laisser la tête naître par petits pas, de façon maîtrisée. Magnifique. Une femme avec une tête en haut et en bas. Image surréaliste, à chaque fois. J’ai rapidement mais doucement vérifié s’il y avait un cordon autour du cou puis j’ai posé toute ma main sur sa tête pour accueillir l’enfant. Un geste que je fais à chaque naissance. Prendre contact avec cette nouvelle vie et «transmettre» un sentiment chaleureux et aimant de bienvenue dans ce monde. Combien de fois ne l’ai-je pas fait. Parfois, à la maison, je regarde mes mains avec fierté car j’ai eu l’honneur d’accueillir tant de bébés dans mes mains. Cela suscite toujours un profond émerveillement.

Quand la tête est née, le plus dur du travail est accompli; la partie la plus volumineuse du corps est née. Quelques conseils encore pour faire venir  l’épaule antérieure, mais après cela, je passe la main à la femme ou au partenaire en fonction de leurs préférences.

“Dans ce cas, c’était la femme elle-même. Très calmement, comme si elle l’avait maintes et maintes fois.”

Son partenaire soutenait sa tête et les petites fesses de leur bébé. Faire la transition du milieu aquatique chaud intrautérin à la poitrine de la maman en passant par l’eau chaude du bain, il n’y a pas plus doux comme naissance. Sans oublier les regards fiers des parents, le soulagement, le tout au clair de lune. Les mots me manquent pour décrire ce sentiment.

Kerst

Et puis, j’ai entendu quelqu’un monter les escaliers, passer la tête par la porte, féliciter les parents avec un grand sourire et disparaître à nouveau un instant dans la chambre d’à côté où elle allait tout préparer pour pouvoir accueillir le couple et leur nouveau bébé, le mesurer et le peser. Quel plaisir d’avoir de telles collègues qui sentent exactement ce qu’il convient de faire à quel moment. Je me sens pleine de gratitude : pour cet événement magique et la magnifique collaboration avec La Madrugada!