Partout dans le monde, les organisations de la santé visent à ce que les sages-femmes prennent en charge les soins autour de la naissance, afin que les mères puissent être en permanence encadrées par un professionnel de la santé aux connaissances et à l’expérience adéquates. Selon l’OMS, un accompagnement par une sage-femme peut même engendrer une expérience positive sur la grossesse et l’accouchement. En outre, il apparaît que les femmes en bonne santé qui sont suivies par une sage-femme ont moins de risque d’avoir une intervention telle qu’une épisiotomie lors de l’accouchement.

Il ressort d’une enquête du King’s College à Londres parue en 2016 que les soins prodigués par une sage-femme comportent de nombreux avantages. Une des conclusions les plus surprenantes est que les femmes qui sont accompagnées par une sage-femme ont moins de chance d’avoir une fausse-couche tant précoce que tardive. En outre, le nombre d’accouchement prématuré était également moins important pour ces grossesses. Et enfin, et non le moindre, les femmes qui ont accouché avec une sage-femme signalent souvent qu’elles ont bien vécu leurs soins.

Une équipe d’experts renommés a comparé pour cette enquête quinze études relatives aux soins autour de la naissance et la manière dont ils étaient organisés. Presque 18.000 femmes et bébés ont participé à ces études. Pour certaines enquêtes, seules des femmes présentant un faible risque de complications liées à la grossesse y participaient, dans d’autres enquêtes, des femmes présentant un plus grand risque en début de grossesse y participaient également. Dans tous les cas, il s’agissait d’accouchements dans un hôpital ou dans une maison de naissance.

Les chercheurs ont fait la différence entre les soins liés à la naissance où une (équipe de) sage-femme(s) était responsable du bien-être de la mère et de l’enfant, et les soins où la responsabilité était divisée entre gynécologues, médecins traitants et (dans certains cas) des sages-femmes dans un hôpital. 

Le premier groupe de femmes était suivi par une sage-femme, ou une équipe de sages-femmes, au cours de leur grossesse, accouchement et les premiers jours qui ont suivi l’accouchement. Elles surveillaient tant la santé et le bien-être de la mère que du bébé et si nécessaire, elles les renvoyaient vers des soins spécialisés.

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Les femmes qui étaient accompagnées par une sage-femme ne semblaient pas prendre de plus grands risques. Au contraire, elles avaient plus de chance d’accoucher de manière naturelle et spontanée. Elles avaient aussi moins souvent une épidurale ou une épisiotomie, et il était moins souvent question d’une naissance par ventouse ou forceps. Le pourcentage de césarienne était pour les deux groupes aussi élevé : 15 pourcent.

Les femmes accompagnées pendant leur grossesse d’une sage-femme avaient en outre beaucoup plus de chance d’avoir à l’accouchement un visage connu pour les soutenir. (En fonction des études, c’était le cas pour 63 à 98 pourcent des femmes). Pour les femmes qui étaient suivies par différents prestataires de soins pendant leur grossesse, cette probabilité était beaucoup plus faible : entre 0,3 et 21 pourcent.

Une autre différence considérable qui ressort de l’enquête du King’s College, est que les femmes qui étaient accompagnées par une sage-femme avaient moins de chance d’avoir un accouchement prématuré ou une fausse-couche. D’autres études indiquent également l’effet positif des soins d’une sage-femme en ce qui concerne la diminution d’accouchement précoce et les décès à la naissance.

Qu’en est-il en Belgique ?

Des études belges montrent également qu’un accompagnement par une sage-femme au cours de la grossesse et de l’accouchement a des effets positifs. Des chercheurs belges ont comparé pour cela les résultats de mille accouchements de femmes en bonne santé dont la grossesse était à faible risque. Un groupe accouchait avec une sage-femme du ‘Cocon’, une maison de naissance attachée à l’Hôpital Erasme de Bruxelles. L’autre groupe accouchait « simplement » à l’hôpital, sous la supervision d’un gynécologue.

Les femmes qui accouchaient avec une sage-femme dans la maison de naissance avaient moins de chance d’avoir une césarienne (10,3 pourcent vs. 16 pourcent). Lors d’une naissance via le vagin, il était aussi en outre beaucoup moins question d’une épisiotomie (6,8 pourcent vs 14,5 pourcent). Ces femmes avaient aussi moins souvent besoin d’une épidurale : seule une femme sur quatre en avait reçu une, contre 6 sur 10 dans un hôpital. Les femmes qui souhaitaient accoucher dans la maison de naissance avaient aussi beaucoup moins de probabilité d’être induites (16,3 pourcent contre 30,5 pourcent). Et ceci sans risque supplémentaire pour le nouveau-né.

Accouchements à domicile


“Malheureusement, ces études ne comprennent pas d’accouchements à domicile”, dit la sage-femme Lieve Huybrechts, du cabinet de sages-femmes
Geboorte-informatiecentrum Geel. Afin de combler cette lacune, des sages-femmes indépendantes belges se sont rassemblées cette année pour enregistrer les résultats des accouchement à domicile.

“De mon expérience de plusieurs années, je peux vous dire que je reconnais les résultats des études nommées ci-dessus.” Huybrechts accompagne depuis plus de vingt ans des femmes enceintes. D’abord comme obstétricienne dans un hôpital et depuis 1999 comme sage-femme indépendante. Cela signifie qu’elle accompagne, avec ses trois collègues, tant des accouchements à domicile que des accouchements policliniques à l’hôpital St-Vincentius à Anvers.

Il ne lui arrive pas souvent d’avoir des accouchements prématurés ou des prééclampsies. Par principe, elle ne fait pas d’épisiotomie, car il apparaît de recherches que cela implique plus d’inconvénients que d’avantages. “Il n’est pas logique que cette dernière partie du vagin soit à ce point incompétente qu’il doit être endommagé pour laisser passer l’enfant.”

Les césariennes sont aussi peu fréquentes. “Le pourcentage de césarienne chez nous est même sous les cinq pourcent – et je compte tant les accouchements à domicile que les accouchements à l’hôpital.”

“Je suis convaincue que les soins chaleureux et en confiance d’une sage-femme font la différence”, dit Huybrechts. “La différence provient de la continuité dans l’accompagnement. Il y a une sage-femme, ou une équipe, qui garde une vue d’ensemble et qui connait la femme enceinte ou qui vient d’accoucher et qui peut la rassurer.”

En ce qui la concerne, il est donc nécessaire qu’il y ait un changement de mentalité par rapport aux soins liés à la naissance. “Nous devons revenir à la conviction que beaucoup plus de femmes peuvent mettre au monde un enfant en bonne santé que ce que nous voyons maintenant, et ce avec le soutien d’une sage-femme. Une naissance est un phénomène naturel, qui implique parfois un acte médical. Et non l’inverse. Il ne s’agit pas d’une question médicale qui arrive parfois par hasard de manière naturelle. Il est important de garder cela à l’esprit, au regard de la mère, du bébé et de la société. Les soins des sages-femmes sont des soins durables, et économiques de surcroît.”